A la suite des attentats du 13 novembre, notre amicale a lancé un appel au don du sang, qui a été très fortement relayé sur les réseaux sociaux avec le hashtag #dondusang.

Nous avons été invités à témoigner par Europe 1, une interview au micro de Pierre Herbulot.

L’interview complète

Pouvez-vous vous présenter ?

Je suis Florian Robardet, président de l’amicale des donneurs de Sang de Paris

Et dans la vie, quel est votre métier ?

Je suis informaticien au Ministère de l’Agriculture

Don du Sang Paris : Florian Robardet s'exprime au micro d'Europe 1

Florian Robardet s’exprime au micro d’Europe 1

Pourriez-vous me dire d’où est venue cette initiative, comment ça s’est passé ce week-end ?

Comme beaucoup de gens j’imagine, j’étais devant ma télé, les réseaux sociaux et les médias dans la nuit de vendredi à samedi. J’ai regardé le déroulement des opérations et j’ai remarqué que les informations arrivaient beaucoup plus vite par les réseaux sociaux que sur les médias traditionnels. C’est là que j’ai vu que des gens ont lancé spontanément des appels au don du sang, d’une part pour venir en aide aux victimes, et aussi pour montrer que la France est solidaire face aux attentats et qu’il y avait un engagement de citoyenneté et de solidarité. J’ai donc profité de l’occasion pour retweeter ces appels au don du sang, et comme notre amicale édite un site internet et une application mobile, très vite on a croulé sous les connexions de gens qui ont voulu savoir où donner son sang, à tel point que dans la nuit de vendredi à samedi, des gens se sont présentés sur les sites de don du sang alors qu’ils étaient bien évidemment fermés. Nos appels au don du sang ont été repris très vite par les médias, par les réseaux sociaux, ce qui a donné lieu à cette mobilisation exceptionnelle qu’on n’avait jamais vu dans les centres de don du sang.

Justement, vous avez quelques chiffres, en comparaison avec des journées normales ?

En Ile-de-France, sur les 19 établissements qui accueillent pour le Don du Sang, il y a eu 9000 personnes qui se sont présentées et je dirais que c’est 9 à 10 fois plus que d’ordinaire. Il y a eu des files d’attente qui allaient sur le trottoir, dans la rue, très loin , à tel poin tque c’était saturé. Je vous parle des 9000 personnes qui ont été prélevées, pas de tous ceux qui ont été découragés par les files d’attentes qui sont repartis. Sûrement qu’il y en a eu beaucoup plus !

Et avec votre appli et votre site Internet, vous encouragez les gens à différer leur don du sang ?

Oui, il faut savoir que le sang est un produit qui ne se conserve pas très longtemps. 5 jours pour les plaquettes, 40 jours pour les globules rouges, et jusqu’à un an pour le plasma. Cet afflux de donneurs, c’est un peu compliqué à gérer puisque les besoins sont permanents et il faut étaler les dons dans la durée. Il faut savoir que sur Paris, il y a toujours un manque chronique, en gros il manque 60.000 poches de sang par an, sur Paris proportionnellement il y a moins de donneurs que dans le reste de la France puisqu’il y a seulement 60% d’autosuffisance. Cela a permis de refaire les stocks sur Paris, ce qui est exceptionnel, mais on est arrivés à une situation de surplus, c’est pourquoi, avec l’Établissement Français du Sang qui nous a contacté entre-temps, on a diffusé un communiqué pour inviter les gens à revenir donner leur sang à partir du lundi 23 novembre, surtout pour faire face aux demandes pendant la période des fêtes de Noël.

Finalement, ça a permis de combler le « sous-don », mais seulement pour une période très courte ?

Tout à fait, lorsqu’il y a des appels, souvent on assiste à ce genre de mobilisation, mais pas d’une telle ampleur. Le don du sang doit être régulier. Notre amicale veut promouvoir le don du sang comme un geste du quotidien, un geste qu’on fait aussi simplement qu’aller acheter son pain. Notre application mobile géolocalise les collectes, les plus proches de vous, et vous indique quand vous passez à proximité d’un site de don du sang. On aimerait rebondir sur cet engagement citoyen pour dire que le bénévolat, la solidarité, la citoyenneté, ce n’est pas « que » lorsqu’il y a des événements graves et des catastrophes, c’est une attitude de tous les jours, c’est un état d’esprit de tous les jours, c’est ça qu’on essaye de cultiver. J’invite les gens qui ne peuvent pas donner leur sang, pour des raisons médicales ou autre, à s’impliquer autrement par exemple avec le secourisme, en se formant aux gestes de premiers secours, aux gestes qui sauvent, parce que c’est une autre façon de sauver des vies et d’aider les gens près de soi

Vous croyez que ce genre d’événement peut être un déclic ?

Malheureusement, ça fait prendre conscience aux gens qu’il ne faut pas suivre son chemin en baissant la tête et sans regarder ce qu’il se passe à côté de soi. C’est une mobilisation exceptionnelle, mais pour qu’elle soit vraiment utile, il faut que les états d’esprits changent, que les mentalités changent. Je disais tout à l’heure que les dons du sang à Paris, il n’y en a pas assez, parce que c’est peut-être cette mentalité un peu individualiste, égoïste, « je suis pressé par le temps, le travail, le métro, les transports, et je n’ai pas le temps de regarder ce qui se passe à côté de moi, les gens qui souffrent et qui sont malades ». Il faut que les gens changent d’état d’esprit, c’est ça aussi, le vivre-ensemble, et le lien social. C’est vraiment ce qui est le plus important à défendre dans notre pays aujourd’hui, et je pense que ce sont des valeurs qui transcendent les partis politiques, les clivages et les points de vue.

Ça vous a étonné cet afflux de dons samedi ?

Oui, à vrai dire on a été un peu pris de court. J’ai été un peu, comment dire, apeuré de voir que les gens se rendaient même dans les sites de don du sang en pleine nuit, car ça prouvait créer d’autres troubles, des rassemblements spontanés à ces endroits-là. Les gens pouvaient à leur tour redevenir des cibles, puisquie ça faisait des afflux. J’ai bien conscience que ça a été un petit peu difficile à gérer pour l’Établissement Français du Sang qui a très très bien réagi. En même temps, des mouvements de foule, des élans de générosité spontanée, ça se gère. Moi, je veux quand même garder le côté positif de cette histoire, c’est que ça a fait parler du don du sang, du don de soi, des valeurs autour desquelles on peut se rassembler, et ça je pense que c’est important dans le projet d’un pays comme le nôtre qui doit faire face à de nouvelles menaces, c’est sûr.

Suite à l’appel lancé sur Twitter avec le hashtag dondusang, ce sont plus de 9.000 donneurs qui se sont rendus dans les 19 centres de don du sang en Ile-de-France pour la seule journée du samedi 14 novembre. C’est dix fois plus qu’habituellement. A eux seuls, les donneurs de sang en Ile-de-France ont contribué en une seule journée à couvrir quasiment la totalité des besoins sur l’ensemble de la France.

Ces chiffres ne tiennent pas compter de tous ceux qui ont renoncé devant les files d’attente et qui sont revenus les jours suivants, la mobilisation n’a pas désempli dans la semaine qui s’est suivie.

Ecouter le sujet d’Europe 1 sur le Hashtag #dondusang :